Organisation des premiers secours

Lorsqu’un accident survient, l’intervention du sauveteur secouriste du travail est limitée dans le temps premières 15-20 minutes qui suivent l’accident jusqu’à l’arrivée des secours spécialisés auprès de la victime.
De ce fait, le sauveteur ne doit en aucun cas perdre un temps précieux, pour aller chercher du matériel par exemple, car les premières minutes sont cruciales.
Il faut travailler en équipe, se faire aider par des collègues de travail pour les différentes actions à faire dans le même temps que les soins: appeler le poste de garde, envoyer quelqu’un chercher le fauteuil roulant pour transporter la victime à l’infirmerie (si besoin), alerter la hiérarchie.
Ayant reçu la formation en premiers secours, le secouriste reste le décideur tout au long de l’intervention de premiers secours.
Pendant les heures d’ouverture du service médical, le secouriste garde tout son rôle d’intervention immédiate. Il doit rester avec la victime jusqu’à la prise en charge par le service médical.

Ethique et secourisme

1. Respect de la liberté individuelle
Si la victime est consciente, le secourisme ne peut pas agir contre son consentement (s’interrompre en cas de refus). Toujours informer la victime du déroulement de la prise en charge, expliquer les gestes et leur justification. Exception : si la victime a un comportement susceptible de mettre en danger sa propre vie ou celle des autres.

2. Responsabilité du secouriste
Le sauveteur-secouriste au travail effectue une mission qui lui est déléguée par son employeur, soit assurer les premiers secours sur le lieu de travail. Il est ainsi couvert par l’assurance de l’employeur. Pas de responsabilité civile pour le secouriste intervenant sur le lieu de travail !
La responsabilité pénale ne peut être recherchée que dans des cas extrêmes :
– abstention volontaire d’intervenir alors qu’il y a une victime ; la formation SST implique une obligation d’intervention en cas d’accident, dans le cas contraire, la responsabilité pénale pouvant être recherchée pour non-assistance à personne en danger (article 223-6 du Code pénal) ;

– si le secouriste intervient de manière flagrante en dehors du cadre de sa mission et de sa formation et qu’il y ait dommage pour la victime ; l’intervention du SST doit se limiter aux enseignements reçus; ne pas appliquer des techniques non-validées.

3. Discrétion et secret professionnel
Lors de son questionnement de la victime, le sauveteur rentre dans l’intimité de celle-ci.
Par discrétion, il convient de se limiter dans ses questions aux informations nécessaires à l’évaluation et au bilan qui sera passé au médecin régulateur du Centre 15.
Le secouriste fait partie de la chaine de secours et de soins. Les informations de nature privée obtenues lors des interventions de secourisme rentrent sous le couvert du secret professionnel et ne peuvent être communiquées qu’aux professionnels de santé (Code de la santé publique, article L.1110-4). Par respect et pour protéger la victime, elles ne doivent pas être communiquées aux collègues de travail, à la hiérarchie ou encore à des tiers ne faisant pas partie de l’entreprise.
Article 226-13 du Code Pénal : « La révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende. »
Les informations suivantes ont un caractère confidentiel, si elles sont apprises au cours de l’intervention, dès lors qu’elles ne sont pas de notoriété publique :
– antécédents de maladie ou hospitalisation, traitements en cours, consultations médicales
– faits relevant de la vie privée ou concernant la famille etc.

Informations nécessaires pour la déclaration d’accident du travail

La loi prévoit la levée du secret professionnel en cas de déclaration d’accident du travail, mais uniquement pour les informations nécessaires à la déclaration de l’accident du travail.
Les informations qui peuvent être communiquées sont les suivantes :
– Identité de la victime
– Date et heure de l’accident
– Lieu de l’accident
– Activité de la victime lors de l’accident
– Nature de l’accident
– Objet dans le contact a blessé la victime
– Siège et nature des lésions
– Transport sanitaire
– Autres victimes
– Témoin ou première personne avisée (en cas d’absence de témoins)
– Tiers impliqués
Autres informations publiques :
– Soins prodigués (voir fiche SST)
– Suites de l’accident

Plaies / Saignements

Se laver les mains à l’eau et au savon avant l’intervention (si le temps le permet)
Mettre des gants pour tout geste impliquant un contact avec le sang (idéalement)

PLAIES SIMPLES
Arrêter l’hémorragie par la compression directe
Nettoyer la plaie à l’eau et au savon
Appliquer le désinfectant en spray (chlorhéxidine)
Protéger la plaie par un pansement auto-adhésif ou des compresses stériles

SAIGNEMENT IMPORTANT
Arrêter tout de suite l’hémorragie par la compression directe (appuyer bien fort)
En cas d’absence de port de gants, se faire relayer par quelqu’un portant de gants
Utiliser le pansement hémostatique (CHUT)

PLAIES SPECIFIQUES
Amputation d’un doigt :
Arrêter tout de suite l’hémorragie par la compression directe (appuyer bien fort)
Placer le doigt sectionné dans une poche plastique (dans l’armoire vitrée), mettre le tout dans une autre poche contenant une poche bleue de froid (dans le congélateur du réfrigérateur)
Plaie au thorax : mettre la personne en position demi-assise
Plaie de l’œil : demander à la personne de garder les yeux fermés, panser l’œil fait
Saignement du nez :
Mettre la personne en position assise, légèrement penchée vers l’avant
Comprimer la narine pendant 10 minutes
Introduire une mèche de Coalgan (ouate traitée avec un médicament qui accélère la coagulation) ; laisser l’ouate dans la narine
Après l’arrêt du saignement, ne pas faire moucher

Contusions / Entorse

Protocole GREC :
Glaçage (poche de froid dans le congélateur, appliquer à travers un tissu/vêtement pendant 15 minutes, 3-4 fois / jour)
Repos de la partie atteinte du corps (ne pas poser le pied par terre, ne pas bouger le bras)
Élévation (surélever le bras / jambe pendant le glaçage)
Compression et contention (utiliser des bandes élastiques type Cohéban)

Hématome : Appliquer la pommade Hémoclar® à la fin du protocole GREC

Brûlure thermique

Refroidir immédiatement la région brûlée pour empêcher l’aggravation

  • la durée de contact avec la matière brûlant détermine la gravité et l’étendue des lésions
  • le refroidissement n’a plus aucun intérêt après 10 minutes

Enlever les vêtements brûlés, sans insister s’ils sont collés à la peau

Couvrir la plaie par un pansement

Si brûlure superficielle type  coup de soleil (peau rouge, sans bulles), l’application de Biafine®  est recommandée (poser d’abord la question sur une éventuelle allergie à la Biafine)

Inhalation de gaz ou de vapeurs

Évacuer la victime du milieu à risque
Installer en PLS si elle est inconsciente
Surveiller constamment la victime
Essayer de se renseigner sur la nature du gaz ou des vapeurs (idéalement donner la Fiche de Données de Sécurité, FDS, aux secours extérieurs)

Projection de produit chimique

Projection de produit chimique ou particule dans les yeux :
En cas de contact de tout produit chimique avec l’œil :
Rincer l’œil immédiatement : plus tôt le produit chimique est rincé, moins il aura de temps pour léser l’œil. Commencer à rincer, idéalement, dans les 10 premières secondes après le contact, sinon dans la première minute au plus tard.
Si port de lentilles, demandez à la victime de les enlever.
Garder l’œil ouvert (le réflexe est de fermer l’œil) et appliquer l’œillère sur l’œil affecté, appuyer sur le flacon de manière à assurer un flux constant de liquide. Bouger l’œil en haut et en bas, à gauche et à droite.
Poursuivre le rinçage abondant jusqu’à l’épuisement du contenu du flacon et pendant 15 minutes, afin d’enlever toute trace de produit chimique
Solliciter le secouriste de son secteur. Se renseigner sur la nature du produit et imprimer la Fiche de Données de Sécurité ou FDS.
Se présenter aux Urgences ophtalmologiques du CHU pour la poursuite des soins.
Enregistrer l’accident du travail
Bon à savoir :
Une fois la lésion constituée, le rinçage devient inefficace. Ne tardez pas pour rincer !
Le meilleur rince-œil contient du sérum physiologique, qui est bien toléré par l’œil (car isotonique) ; sinon par défaut rincer à l’eau (hypotonique), tout en sachant que la tolérance va être mauvaise pour la durée préconisée : 10 minutes
En cas de projection de poussières ou de particules dans l’œil, ne pas tenter de les enlever ou de déplacer l’objet incrusté dans l’œil, ne pas frotter l’œil, cela risque de produire des lésions supplémentaires.

Projection sur la peau :
Rincer immédiat et abondant avec de l’eau tiède, pendant 15 minutes, pour enlever mécaniquement un maximum de produit chimique et arrêter l’agression de la peau
Déshabiller la victime des vêtements imbibés
Essayer de vous renseigner sur la nature du produit, obtenir la Fiche de Données de Sécurité (FDS) du produit

Projection avec de l’acide fluorhydrique (HF) sur la peau / dans les yeux:
Même principe initial : rinçage immédiat, abondant et prolongé 15 minutes
Porter des gants néoprène pour éviter le contact avec l’acide fluorhydrique
Neutraliser l’acide fluorhydrique avec du gluconate de calcium
Laisser une compresse imbibée de gluconate de calcium en contact avec la partie exposée à l’acide fluorhydrique
Signaler clairement aux secours extérieurs lors de l’appel que la nature du produit est l’acide fluorhydrique, afin qu’une priorité soit accordée au patient

Autres situations

Administration de médicaments :
Les seuls cas de figure où un SST peut participer à une administration de médicaments, est celui dans lequel la personne a sur elle un médicament qui lui a été prescrit en cas d’urgence, le SST peut l’aider à le prendre
Exemple : Nitrospray ou Trinitrine en cas de douleur dans la poitrine, Ventoline en cas de crise d’asthme
Demander, tout d’abord, l’avis du médecin régulateur du Centre 15

Comment organiser le retour à domicile
En cas de problème mineur de santé incompatible avec la poursuite du travail, sans notion d’accident ou de menace vitale
Exemples : symptômes de gastroentérite, syndrome grippal, fièvre importante, maux de tête, rage de dents, douleur menstruelle chez une femme etc.
Repos temporaire à l’infirmerie, prendre RDV avec le médecin traitant, organiser le retour à domicile
En cas de doute sur sa capacité de concentration, ne pas autoriser la personne à prendre le volant pour retourner chez elle
Organiser le retour à domicile en contactant un membre de la famille ou un ami
Ne pas envoyer la personne avec un collègue de travail (responsabilité de l’entreprise toujours engagée)

Prévention des risques pour le secouriste

La peau saine est une barrière efficace à la transmission des virus (hépatite B, hépatite A, VIH, autres).
Mesures générales :
– avoir toujours des gants à proximité, les mettre dès le début de l’intervention, lavage des mains après
– en cas d’arrêt respiratoire et pour la ventilation, le « bouche-à-bouche », utiliser l’écran facial
– vaccination contre l’hépatite B
Le risque lié au contact avec le sang se construit par le cumul de :
– victime porteuse d’un virus transmissible par le sang (moins de 2% de la population française)
– type d’exposition au sang : surtout par piqure ou coupure (ne concerne pas les secouristes, seulement le personnel médical), par projection sur des muqueuses (œil, bouche) ou sur la peau lésée
– absence de prise de mesures immédiates de lavage et de désinfection
Un seul cas de transmission du VIH à un secouriste est recensé en France en 22 ans (1983-2005) : projection massive de sang sur le visage et dans les yeux lors de la prise en charge d’une victime séropositive. Rinçage rapide immédiat, mais le secouriste n’a pas consulté aux urgences.

En pratique, le risque lié au contact avec le sang est très faible pour le secouriste !
Le fait de ne pas avoir les gants ne doit pas retarder la prise en charge de la victime :
– ne pas hésiter à faire la compression directe sur une plaie à mains nues pour arrêter une hémorragie importante
– intercaler un tissu propre dès que possible et se faire relayer par quelqu’un portant des gants
– laver bien la peau à l’eau et au savon, désinfecter avec le spray chlorhéxidine qui se trouve dans la vitrine de la salle de soins

Situations à risque :
En cas de contact avec du sang sur une peau lésée (ou encore piqure ou coupure avec un objet ayant été en contact avec le sang de la victime) :
– nettoyer immédiatement la zone cutanée lésée à l’eau et au savon puis rincer
– puis désinfecter bien avec le produit désinfectant pendant 5 minutes (le spray chlorhéxidine se trouve dans la vitrine de la salle de soins)
En cas de projection sur muqueuses (en particulier les yeux, mais aussi bouche ou nez) :
– rincer abondamment à l’eau (15 minutes)
+ Consultation médicale aux Urgences dans les heures qui suivent, pour évaluer l’importance du risque infectieux (notamment VIH, hépatite B et hépatite C) et, si besoin, initier un traitement préventif
+ Déclaration en accident du travail et suivi spécifique en médecine du travail


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